PROJET DE PRISE EN COMPTE DE LA SANTE PSYCHIQUE ET MORALE DES JEUNES EN GRANDES DIFFICULTES D’INSERTION

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L’ACCES A LA PREVENTION ET AUX SOINS

> I Le Point Accueil Jeunes DE GRENOBLE 

> II DES CONSTATS DE TERRAIN RELATIFS AU RAPPORT DES JEUNES, EN DIFFICULTES, AVEC LEUR SANTE 

> III L’ACCUEIL ET L’ECOUTE 

> IV LA PRISE EN COMPTE DE LA SOUFFRANCE MORALE ET/OU PSYCHIQUE DES JEUNES EN GRANDE DIFFICULTE 

> V LE POINT DE VUE DU PSYCHOLOGUE 

 

I - LE Point Accueil Jeunes DE GRENOBLE

I .1.) Missions et moyens

Le Point Accueil Jeunes a ouvert ses portes au début de l’année 1992.

Ce service est sous la tutelle de l’association A.Ré.P.I. et sous l’égide d’un comité de pilotage.

Le comité de pilotage est composé d’un représentant de la D.D.A.S.S., d’un représentant de la D.I.S.S., d’un représentant du C.C.A.S. de Grenoble et de membres du tissu social grenoblois.

Les missions confiées au Point Accueil Jeunes sont :

  • L’accueil et l’écoute des jeunes en grandes difficultés âgés de 18 à 25 ans.
  • La réalisation d’un diagnostic social approfondi assorti d’un travail d’élaboration de projets d’insertion individualisés.
  • L’accompagnement social ou le suivi éducatif.

Le financement du service est assuré par :

La D.D.A.S.S., sur des crédits C.H.R.S., finance un poste et des frais de fonctionnement.

D.D.A.S.S. et D.I.S.S. attribuent, conjointement et à parité, une subvention du Fonds d’Aide aux Jeunes (F.A.J.) pour le financement d’un poste et demi et pour les frais de fonctionnement.

Le Conseil Communal de Prévention de la Délinquance de Grenoble (C.C.P.D.) accorde une subvention de même que le Secours Catholique.

La composition du personnel est la suivante :

  • 1 ETP Responsable de service,
  • 1.5 ETP d’Educatrices Spécialisées (réparti sur deux personnes intervenant à ¾ de temps).
  • 2 personnes en contrat C.E.S. mises à disposition par le CCAS de Grenoble (hôtesse d’accueil, secrétariat, standard)
  • 4 heures/semaine de présence d’une conseillère familiale.

I .2. ) Le Point Accueil Jeunes : Les idées forces :

A partir des missions confiées, l’action du Point Accueil Jeunes repose sur des convictions professionnelles et humaines qui fondent la conception des interventions.

I .2.1.) Le projet du P.A.J. pour les personnes accueillies :

  • Restauration: narcissique, de la confiance en soi, de l’image et de la relation parentale, de la crédibilité des adultes, du social, de la société.

  • Réapproppriation: de soi même, de son devenir, de son rôle d’acteur ou de sujet, de sa capacité à être maître d’œuvre de son histoire.

  • Reconstruire du sens et du lien : entre l’individu et son histoire, entre son passé et son devenir, entre lui et les autres, entre lui et le social, entre lui et la société du travail, du logement, etc.

I .2.2.) Un référentiel pédagogique :

  • La prise en compte de l’urgence et de la crise, l’écoute active, la conscientisation.
  • La présomption de compétence.
  • La pédagogie de la réussite, l’initiation par le vécu.

I .2.3.) Une intervention construite :

1er temps :

  • Porte ouverte et accueil inconditionnel,
  • Accès direct sans filtre ni délais.
  • Ecoute active, libre adhésion

2ème temps :

  • Engagement mutuel pour l’insertion.
  • Accompagnement du jeune dans l’élaboration et la réalisation des démarches d’insertion.
  • Recherche par le P.A.J. des conditions de vie susceptibles de rendre possible la réussite des entreprises initiées par le jeune.

En elle-même, l’intervention du P.A.J. est difficile, du fait de la situation du public auquel il s’adresse : les jeunes en grandes difficultés d’insertion en situation d’urgence, démunis de tout.

Ceux qui n’ont pas encore eu accès au social et ceux qui l’ont "trop côtoyé"

Notre réalité d’acteurs nous place en première ligne de front dans la lutte contre les exclusions, face au désespoir ou la colère de ces jeunes qui n’ont plus rien et qui ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent faire valoir les droits dont on leur dit qu’ils sont bénéficiaires pour le logement, le travail, la dignité, etc...

La précarité de ces jeunes est telle qu’ils constituent les pauvres d’aujourd’hui. Leur précarité matérielle engendre la précarité psychique, une grande souffrance morale qui, faute d’une intervention importante du social, se traduira par des troubles psychologiques la plupart du temps doublés de troubles du comportement, de violence, de délinquance, de toxicomanie, de conduite à risques, d’errance, de dépression.

Ouvert en février 1992, le Point Accueil Jeunes a depuis accueilli 3400 jeunes en grandes difficultés d’insertion lors de 20 000 rencontres.

 

  

II - DES CONSTATS DE TERRAIN RELATIFS AU RAPPORT DES JEUNES, EN DIFFICULTES, AVEC LEUR SANTE

Nous constatons que des carences graves existent en matière de responsabilisation des jeunes pour la préservation de leur santé. Ces carences s’expriment par rapport à l’hygiène, à la connaissance de soi et de l’autre, à la prévention des risques relatifs aux maladies sexuellement transmissibles, à l’alimentation, à la nécessité des actes de soin, etc...

Pour ces jeunes, la question de la santé n’est pas prioritaire, d’abord il faut résoudre des problèmes vitaux : où vais-je dormir ce soir, qu’est-ce que je vais manger ?

Ensuite, il y a la question du devenir professionnel. En dernier lieu, apparaît le souci de la santé.

Cette question ne devient vraiment prioritaire pour eux que lorsque la douleur est trop forte, lorsque cet insupportable- là devient plus fort que tous les autres...

 

II . 1.) Des carences éducatives :

Même si l’on constate qu’un grand nombre de jeunes n’a pas été repéré par l’intervention sociale (40% des jeunes reçus au P.A.J.), il s’avère que beaucoup n’ont pas disposé d’un environnement familial suffisamment structuré, attentif et averti de l’importance de leur rôle éducatif pour la préservation de la santé.

Il nous apparaît que les jeunes en grandes difficultés ne se projettent pas dans l’avenir, ou tout du moins s’efforcent souvent de ne pas y penser car ils ne le perçoivent que porteur de nouvelles difficultés. Ils ne peuvent pas s’y projeter faute de perspectives.

Ils n’ont pas conscience de la fragilité de leur " capital santé " et des habitudes préventives à acquérir. De ce fait, ils ne se préservent pas et par voie de conséquence, altèrent considérablement leurs chances d’être plus tard en bonne santé.

II . 2.) Des priorités de vie particulières aux jeunes :

Avec leurs maigres moyens, ils se donnent d’autres priorités que celle de la santé. Ainsi, ils dépensent leurs quelques sous pour des cigarettes, un café, un téléphone portable, un vêtement de marque, etc... Tout ce qui les inscrit dans une identité de jeunes, qui leur permet d’acquérir les signes d’appartenance à cette jeunesse et qui permet d’être un peu en lien avec les autres jeunes.

II .3.) Des conditions de vie instables et très précaires :

Ils sont dans des situations souvent très précaires et instables. Ils n’ont pas les moyens de se procurer une alimentation équilibrée ou bien ils sont dans des lieux qui ne permettent pas la réalisation de cet équilibre alimentaire. De plus, le désespoir ou la rage les poussent souvent vers des comportements autodestructeurs ou vers des conduites à risques.

En conséquence ces situations amorcent de véritables  " bombes à retardement" . Les carences, la malnutrition ou la dénutrition, l’insécurité, le stress, la consommation de tabac, d’alcool, de café ou de toxiques, la mauvaise hygiène de vie, la perturbation des rythmes biologiques, etc..., favorisent le déclenchement d’ulcères, de troubles psychologiques, de maladies digestives, circulatoires ou cardiaques, etc...

Les pauvres d’aujourd’hui sont en passe de devenir les malades de demain...

Nos constats de terrain sont confortés par l’étude menée à l’initiative de la Direction de l’Action Sociale par P.A. Vidal Naquet, S Tievant, S. Touze, I Amiel : " LES LIEUX D’ECOUTE , La prévention des conduites à risques et des toxicomanies ".

Nous pensons également qu’il faudrait pouvoir renforcer à la fois l’information et les capacités d’accueil, d’écoute, d’accompagnement et d’interface avec les dispositifs de soins existants. Nous pensons qu’en premier lieu, il faut mener une action préventive, c’est-à-dire faire en sorte que les jeunes qui ont déjà connu toutes les ruptures soient rapidement reçus et qu’ils leur soient tout aussi rapidement attribués des conditions de vie limitant les effets néfastes du stress et de la peur. La prise en compte de leur santé par les jeunes en grandes difficultés passe d’abord par une restauration de l’estime de soi et de la confiance.

Cette question de la santé, de l’hygiène de vie et des conditions de vie est abordée par le service. Notamment, le P.A.J. intervient auprès des jeunes pour informer, prévenir, orienter mais aussi, le P.A.J. agit de façon concertée, en réseau, avec des partenaires, dans l’intérêt des jeunes. Cela se traduit par une recherche de conditions de vie décentes, assurant sécurité, hygiène, subsistance, etc. Cela se traduit également par la recherche de relais au sein des dispositifs de santé habituels : C.M.U., Santé Jeunes, Agents d’aide légale, Médecins du Monde, Antenne Adolescents, C.A.U.P.A.G., etc.

Tel qu’indiqué ci avant, Nous avons repéré à de très nombreuses reprises que les jeunes ont des "conduites à risques", de façon délibérée, par ignorance ou contraints par une situation trop précaire.

Nous souhaitons aujourd’hui, à partir de nos constats de terrain et à partir des réflexions étayées sur ce sujet par différentes brochures publiées par la D.A.S., évoquer deux types d’expérimentations prenant en compte les difficultés des jeunes notamment celles ayant traits à la santé : santé physique et santé mentale.

Pour la première, ayant constaté les effets positifs de l’expérience, nous souhaitons développer un peu l’expérimentation en cours.

Pour la seconde il s’agira , sur un mode opératoire proche de la première expérimentation, de rendre possible la rencontre des jeunes en difficultés avec un(e) psychologue afin que soit mieux prise en compte leur souffrance psychique.

" Des jeunes ayant un problème par rapport à la sexualité. Des jeunes ayant un problème de socialisation, des problèmes psychologiques, des ennuis de santé. Des jeunes qui ne seraient jamais allés consulter un spécialiste et qui éprouvent des difficultés à trouver des interlocuteurs avec qui aborder les questions de santé. " Les Points Accueil Jeunes, Havres, tremplins, passerelles. Etude réalisée auprès des Points accueil Jeunes pour la D.A.S., publication février 2000.

III - L’ACCUEIL ET L’ECOUTE

III .1.) L’accueil banalisé et non stigmatisant

Aucun des jeunes qui nous sollicitent ne vient en disant " je suis mal dans ma peau, j’ai des interrogations existentielles, aidez-moi à voir plus clair... ". Leur arrivée au P.A.J. est toujours motivée par une demande explicite, concrète, d’amélioration de leur quotidien.

Nous l’avons précisé en première partie, ces jeunes se trouvent dans des situations très précaires ou très souvent se pose de façon cruciale la question " où vais-je dormir, qu’est-ce que je vais manger ?".

« Tant que l’on a pas rassuré les gens sur ou je dors, ou je mange, comment je m’habille, comment je me soigne, il est grandement inutile et illusoire de leur demander de faire le moindre projet… »

Accueillir l’errance,
François Chobeaux, Michel Hirtz,
Etude réalisée pour la D.A.S., p.15

 

D’une part, l’action serait inadaptée et vaine si elle était limitée à la proposition d’un temps d’écoute sans conséquence sur leur situation. A la décrédibilisation des adultes en général, elle ajouterait une forme de décrédibilisation de l’action sociale.

D’autre part, l’action du P.A.J. serait également vaine si elle se limitait à celle d’un guichet ou bien d’un distributeur d’aides de ceci ou de cela (F.A.J., A.M.J.M, hébergement, etc.).

« Nous n’essayons pas de répondre tout de suite comme au guichet, à une demande qui sera formulée ; notre expérience nous a montré qu’a partir des demandes qui peuvent être faites ici, une très grosse majorité de celle ci sont des demandes " écrans " destinées à entrer dans ce qui est supposé être une relation avec un éducateur. Quand nous répondons directement, très rapidement ça ne fonctionne plus, tout simplement parce que la demande non formulée est autre. En fait les personnes viennent plus là pour parler, et nous, nous faisons plus de l’écoute qui permet aux personnes de déployer leur mal être, leur difficultés en ne plongeant pas trop dans la représentation de l’éducateur multicartes »

Accueillir l’errance,
François Chobeaux, Michel Hirtz,
Etude réalisée pour la D.A.S., p.15


« Ne pas tenir compte de la situation psychosociale de l’individu dans sa globalité est une entrave à la résolution de cette souffrance psychique. La précarité sociale semble influencer la souffrance psychique et son expression comportementale à travers les conduites suicidaires, les conduites addictives et les conduites violentes. »

La souffrance psychique des adolescents
et des jeunes adultes.
Haut Comité de la Santé Publique,
février 2000.

Au Point Accueil Jeunes il y a une capacité à prendre en compte le réel, car c’est là l’objet explicite des demandes, mais aussi une compétence pour l’accueil et l’écoute des difficultés et souffrances des jeunes.

C’est la raison pour laquelle, ils sont reçus par des professionnels qui disposent de compétences et qualifications professionnelles mais dont le rôle est d’abord d’accueillir et d’écouter

« L’intervenant (animateur, éducateur, psychologue, assistante sociale….) est d’abord saisi en tant que personne ce qui permet de dédramatiser sa fonction, d’abolir les réticences vis à vis du professionnel (l’animateur supérieur, l’assistante sociale "qui vous pousse dans un engrenage ", le psychologue qui risque de faire venir les problèmes…). »

P.A. Vidal-Naquet et S. Thiévant,
Des moments pour être soi ?
enquête pour la D.A.S.
auprès des usagers de
structures d’accueil de jour, p.96.


« Des jeunes restent souvent à l’écart des lieux d’écoute. Ils ne viennent pas forcément spontanément parce qu’ils ne mettent pas de mots sur leurs souffrances. L’approche de ces publics se fait alors par des activités qui permettent de déceler les problèmes et éventuellement engager des contacts plus formels… " »

Etude de la D.A.S. 
Les lieux d’écoute, la prévéntion
des conduites à risques
et des toxicomanies,
p.45


« les écoutants se présentent et se comportent de façon à désofficialiser, à désinstitutionnaliser la relation avec les jeunes. Ils se présentent par leur nom ou leur prénom et non pas par leur profession ni par leur fonction. Ainsi ils personnalisent la relation, ils créent une ambiance détendue afin de mettre les personnes à l’aise et en confiance.
Cette désinstitutionnalisation et cette apparent "déprofessionnalisatio"n exigent une grande expérience professionnelle et sollicitent des compétences pointues … »

Les Points Accueil Jeunes ,
Havres, tremplins, passerelles…,

Enquête réalisée par la D.A.S.,
p.12, publication 2000


Les compétences de l’accueillant doivent reposer sur une triple capacité :

1/ Prendre en compte le réel des difficultés des jeunes

2/ Appréhender leur souffrance non dite

3/ Proposer un accueil banalisé qui ne stigmatise ni ne rebute le jeune.

 

III .2.) L’écoute

L’écoute est évidemment toujours finalisée vers la réduction de la souffrance, du mal être, de l’état d’incertitude ou de trouble de l’usagers.

La position du Point Accueil Jeunes est de proposer une écoute active, inter active même avec pour objectif de susciter l’émergence d’une parole liée aux difficultés de vie puis d’accompagner le cheminement de la pensée autour de ces difficultés. L’écoute est mise en œuvre comme un effet miroir : " Ecoute qui permet à quelqu’un de travailler et d’identifier par lui-même là ou il en est, ce qui ne lui convient pas, lui pose problème, lui fait mal-être, et d élaborer des réponses par rapport à tout ça.. " Les lieux d’écoute. Etude réalisée pour la D.A.S., p.55

 

« L’écoute peut être orientée dans la mesure ou elle vise différents objectifs : insertion, orientation, etc. Elle peut aussi être inconditionnelle et ne pas s’ouvrir sur des rapports de types contractuels. Elle est sans jugement, sans chercher à obtenir quelque chose… Ces deux types d’écoute, orientée et inconditionnelle peuvent coexister dans une même structure. »

Les lieux d’écoute.
Etude réalisée pour la D.A.S., p.55

Cette écoute s’opère dans un contexte paradoxal ou la prise en compte du temps est relative selon qu’il s’agit du temps nécessaire au jeune pour réaliser un travail de conscientisation, d’élaboration et de changement ou bien qu’il s’agit du temps imparti aux usagers par les systèmes et structures d’hébergement.

 

III.3.) L’entretien en binôme

Nous avons expérimenté, à petite échelle, ce type de fonctionnement et nous avons pu observer les différents aspects positif pour le jeune de cette pratique. Ces constats sont partagés par un grand nombre d’autres Points d’Accueil Jeunes en France.

Paris, Point Accueil Jeunes : Les regards croisés affinent l’observation et élargissent la perception que l’équipe a de son public. Il y a recueil des éléments de compréhension complémentaires de telle ou telle personne. Le croisement des regards permet aussi de prendre en compte l’influence des facteurs psychique et des blocages psychologiques sur les trajectoires d’errance.

L’analyse psychosociale permet en outre de porter un autre regard sur l’errance et d’en donner une image moins dévalorisante : dans errance il y a erraé : erreur, mais il y a aussi itérare : cheminer, voyager. Il y a là toute l’errance mystique chevalière, toute une quête de soi, d’un autre, d’une mise à l’épreuve de soi.

Il ne s’agit pas de nier les effets dévastateurs de la précarité mais de prendre un peu de recul par rapport à la stigmatisation et au rejet que le corps social fait subir aux personnes en errance. "

Toulon, Point Jeunes : " Tous les membres de l’équipe ont été sélectionnés pour leurs capacité à travailler en équipe et en partenariat, autant que pour leur compétence propre. On attend d’eux qu’ils soient capables à la fois de réaliser des entretiens en binôme, des accompagnements individualisés et de mener des actions collectives dans le cadre d’un travail en réseau.

L’écoute est croisée : tout jeune peut venir au P.A.J., il y est accueilli chaleureusement et reçu par deux écoutants. Le binôme est constitué d’un intervenant ‘’’psy’’ et d’un intervenant d’une autre discipline ; l’objectif premier de ce travail en binôme est d’enrichir l’écoute, tout en mettant de la transversalité dans la démarche.

La coopération entre les deux écoutants réduit les risques d’enfermement dans les réflexes techniques, dans des tics de langage, tout en améliorant l’identification des besoins, la pertinence des orientations et des réponses apportées. Chacun est aussi à la fois : ’’le candide et le référent de l’autre’’. "

Paris Ados Service : " Le fonctionnement en binôme est de règle, y compris le week-end et la nuit, car il permet une présence constante sur le lieu et optimise l’intervention :’’Il y a une base de professionnalité et ensuite, ce sont deux perceptions différentes et, comme on est dans l’urgence, ça nous semble utile. "

La Roche sur Yon, Relais Accueil Jeunes : " La pluridisciplinarité a été mise en œuvre dès l’origine, le mode d’intervention nécessitant plusieurs compétences. IL y a une vraie complémentarité des intervenants :’’On a vraiment des façons de regarder une situation qui sont différents, on a pas les mêmes réseaux et même au niveau de l’analyse…’’ ".

Toulouse, Relais Accompagnement Jeunes : " Si un premier entretien se fait toujours en présence de deux intervenants, le suivi des jeunes est réparti ensuite en fonction de l’analyse des situations et de la disponibilité de chacun des intervenants, afin de pouvoir établir la meilleure relation de confiance… ".

La synthèse de l’étude d’évaluation réalisée pour la D.A.S. : " Les Points Accueil Jeunes : Havres, tremplins, passerelles " publiée récemment, rappelle que l’écoute en binôme constitue un plus qualitatif dans la prise en compte de la souffrance psychique des jeunes :

" L’écoute en binôme, l’écoute croisée, avec une écoute psy articulée à une écoute sociale (deux paires d’oreilles) affinent les perceptions et enrichissent les diagnostics…. L’efficacité repose sur un travail en binôme, chacun des intervenants ayant un rôle différent :’’L’un coordonne l’entretien, distribue la parole, et l’autre est un peu plus sensible aux émotions des gens. "


IV - LA PRISE EN COMPTE DE LA SOUFFRANCE MORALE ET/OU PSYCHIQUE DES JEUNES EN GRANDE DIFFICULTE

Pour définir le concept de santé mentale, souffrance psychique, situations de crise et troubles psychiques. Nous prenons en référence un rapport de février 2000 réalisé à la demande du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité par le Haut Comité de la Santé Publique " La souffrance psychique des adolescents et des jeunes adultes. "

IV .1.) Santé mentale, souffrance psychique et situations de crise

IV.1.1) La santé mentale

Selon ce rapport : " On doit concevoir la santé mentale comme un des aspects de la santé en général. L’Organisation mondiale de la santé définit la santé comme étant un état complet de bien-être, physique, mental et social, ce qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité. "p.13

IV .1.2) La souffrance psychique

Pour la souffrance psychique : "  Elle peut apparaître dans diverses circonstances de la vie. Mal repérée, mal accompagnée elle peut faire basculer l’individu dans une maladie somatique ou multiplier les difficultés et entraver l’inclusion sociale d’un individu. Pour être perçue cela nécessite d’être attentif aux situations à risque : émotion, angoisse accompagnant une maladie, accident altérant l’image du corps, agression, précarité. Un attention particulière doit être portée à la répétition, à la continuité et à la multiplication des troubles entraînant le décrochage par rapport à la conduite habituelle…… Le meilleur moyen consiste à pouvoir reconstruire l’histoire de vie du jeunes…. Si l’on peut reconstituer avec lui sa biographie la plus complète, cela permet d’espérer comprendre l’enchaînement des interactions et des évènements qui l’ont marqué et l’ont prédisposé à cette souffrance psychique. " p.14

IV .1.3.) Les situations de crise

Les situations de crise sont bien souvent plutôt un mode d’être et de fonctionnement qui les conduit à fonctionner sur le mode de l’impulsivité, la rupture, les variations d’humeur, l’intolérance, la frustration, l’incapacité d’attendre, la violence contre eux et contre les autres. Leur recours fréquent aux comportements addictifs a valeur d’auto thérapie mais les conduit plus ou moins rapidement à aggraver leur processus d’autodestruction et de coupure du monde adulte. La crise devient alors chronique et représente leur mode habituel de fonctionnement.

Le repérage de ce fonctionnement est souvent tardif, il peut apparaître comme une crise, mais il ne fait que traduire un processus déjà ancien. Il apparaît alors flagrant à la société au moment ou une rupture sociale est en train de s’opérer. " p.17

IV .1.4.) Les résistances

Les tentatives qui demeurent vaines, les recherches qui n’aboutissent pas, les échecs répétés, les exclusions successives, la très grande précarité , les multiples ruptures, tout cela est l’occasion d’autant de coup de butoirs qui fragilisent les défenses des jeunes et produisent une grande souffrance morale et psychique. Cela altère encore un peu plus leurs facultés à faire face à tous les événements ou épreuves de la vie quotidienne.

Ces agressions génèrent de la souffrance et provoquent l’apparition de troubles somatiques, la sédimentation de ce qui au départ était un léger trouble psychologique en pathologie, des inadaptations du comportement, des inhibitions, des replis sur soi, des régressions ou des fuites en avant, la marginalisation et/ou l’errance.

Nous pensons que dans bien des cas ces jeunes auraient besoin de pouvoir rencontrer un(e) Psychologue. Nous avons pu repérer que cette intervention est d’autant plus opérante qu’elle intervient rapidement, avant le déclenchement de pathologie nécessitant un réel travail de psychothérapie.

De nombreux obstacles existent à la concrétisation de cette rencontre mais le moindre de ceux-ci est de trouver un(e) psychologue.

La principale difficulté demeure la résistance des jeunes eux-mêmes. Cette résistante déjà constatée pour ce qui concerne la démarche de demande d’une aide à un service social "classique", semble plus forte concernant les "psy".

Pour les accueillant du Point Accueil Jeunes la difficulté réside dans la possibilité de :

  • Faire prendre conscience du trouble par le jeune (sujet) lui-même.
  • Renforcer l’émergence d’un désir parole, de soutien approfondi, d’écoute, ou de soins pour accéder à un mieux être.
  • Faire diminuer ou disparaître les à priori négatifs, les craintes, les images stigmatisantes, les fantasmes (et/ou phantasmes selon Lacan) ou croyance concernant la psychologie.
  • Faire naître la demande et accompagner la rencontre avec un (e) Psychologue.

 

IV.3.) Projet 2001

Le but de cette intervention se situe dans le cadre de la prise en compte de la santé des jeunes . Dans le cadre de la santé mentale il consiste en une action d’écoute sans enjeu matériel et de proximité relative à la souffrance morale et psychique des jeunes en grandes difficultés.

Une des clés est que le (la) Psychologue soit connues, reconnues par les jeunes comme partie intégrante de l’équipe du P.A.J., pour ce faire nous pensons qu’il(elle) doit intervenir, au moins dans un premier temps, conjointement avec les professionnels habituels du service.

Une autre est que cet intervenant soit au contact de ces jeunes, que ce contact soit spontané et surtout banalisé de prime abord. Cela n’efface en rien la spécificité professionnelle de celui-ci, simplement elle n’est pas mise en avant, ce qui n’est pas nécessaire dans un premier temps mais sera annoncé le moment venu.

Il est clair qu’il n’est pas question pour nous "d’ausculter" les jeunes à leur insu ni même d’enfreindre en quoi que ce soit les règles de déontologie afférentes à nos professions.

L’idée force est de permettre une rencontre, une connaissance qui peut-être (c’est l’objectif visé), se poursuivra par des échanges plus profondément en lien avec la souffrance intérieure des sujets rencontrés et les conduira soit vers un mieux être soit vers la conscientisation d’une difficulté et le désir de la réduire.

 

IV.3.1.) Projet 2001

  • L’action du ou de la psychologue sera conjointe à celles des autres intervenants du Point Accueil Jeunes et renforcera la qualité de l’écoute proposée dans ce lieu.

  • elle permettra de façon banalisée et hors du cadre psychothérapeutique classique, mais tout en respectant la compétence professionnelle de l’intervenant, la rencontre entre les jeunes en difficultés et un(e) psychologue. Cette rencontre se situe dans une démarche "d’aller vers" le jeune. Elle impose - d’adapter les pratiques aux caractéristiques et aux difficultés des personnes rencontrées - sans hésiter à sortir des cadres de références habituels dès lors que le constat de leur inadaptation est fait, ce qui est le cas aujourd’hui.

Modalités

  • Entretien en binôme avec les intervenants du P.A.J. lors des premiers accueils de jeunes, au moment de permanences sans rendez-vous. Deux présences en matinée par semaine soit 6 heures hebdomadaires ou 240 heures annuelles

  • Présence au moment des permanences d’accueil informels, collectives, sans rendez-vous, prochainement mises en place par le P.A.J.. Ces permanences auront pour objet de rompre l’isolement relationnel des jeunes, de favoriser une possibilité de parole sans enjeu , et prendre en compte la capacité des jeunes à être des personnes ressources pour d’autres jeunes.

Une présence mensuelle soit 3 heures x 10 mois = 30 heures.

  • Présence une fois par mois aux réunions d’équipes soit 3 heures x 10 mois = 30 heures
  • Au total une présence de 300 heures annuelles.

Coût de l’intervention :

A.RE.P.I. : Convention SOP CHRS

Psychologue : Groupe 6, Echelon de début 497.4

Coût horaire : 110 F

BUDGET NECESSAIRE : 33 000 F



V - LE POINT DE VUE DU PSYCHOLOGUE

 

Réflexions autour du projet de prise en compte

de la santé physique et morale des jeunes

en grande difficulté d’insertion.

 

Le propos d’un psychologue clinicien :

La pratique, l’expérience, amène ce constat de terrain : la précarité matérielle engendre la précarité psychique.

Les professionnels du Point Accueil Jeunes parlent de souffrance morale induisant des troubles psychiques, du comportement, vers la violence, la délinquance, la toxicomanie, les conduites à risque, l’errance. Sans ouvrir un débat sans fin sur l’encrage, l’origine profonde en chaque individu de ce chemin qui semble se refermer en impasse dans la problématique de l’exclusion, on pourrait strictement renverser ce constat : la précarité psychique peut engendrer une situation de précarité matérielle.

On peut au moins penser la situation d’exclusion, de précarité, comme résultant pour chaque individu d’un parcours où difficultés psychiques, matérielles, sociales, comportementales, s’imbriquent les unes aux autres et se succèdent dans une histoire de vie jalonnée de souffrances, au moins de ruptures.

Projeter d’intégrer un psychologue dans une équipe comme celle du Point Accueil Jeune, c’est tenir compte de ce constat de complexité et de multifactorialité dans le déterminisme de l’histoire d’une vie.

Précarité :

La situation de précarité induit une grande mobilisation psychique autour de problèmes d’ordre matériel (nourriture et hébergement en premier lieu). Du point de vue de l’économie psychique, la place de cette précarité peut être comparée à celle que l’on accorde à un symptôme psychopathologique, au sens où elle vient canaliser, cristalliser une grande quantité d’angoisse.

Etant constamment préoccupé par un environnement instable et autour de questions vitales, il est bien difficile d’avoir assez de disponibilité pour élaborer quoi que ce soit de cette situation délicate qu’est la sortie de l’adolescence vers des investissements suffisamment stables et satisfaisants.

Si l’action sociale, éducative, vient comme il se doit, faire baisser les préoccupations du quotidien, on pourrait dire qu’elle vient, dans une certaine mesure, faire céder le symptôme dans sa dimension défensive. Le jeune se retrouve donc rapidement face à lui-même, à son miroir, avec à négocier une grande quantité d’angoisse qui, diffuse, vient faire souffrance, peut-être comme au moment de la crise qui l’a conduit à rompre les liens sociaux et familiaux dans un mouvement de fuite. Sans élaboration de sa propre situation, au même problème il ne pourra donner que la même réponse et fuir à nouveau malgré une prise en charge des plus efficace.

Paradoxalement, ce sont peut-être les jeunes aidés avec le plus d’efficience, donc de rapidité qui se retrouvent les plus démunis pour faire face à cette nouvelle situation et qui réinvestissent la précarité comme pour combler une angoisse débordante, vers l’installation dans une dynamique psychique traumatophile.

Ce moment charnière qu’est la prise en charge sociale et éducative est dans le même temps une condition incontournable à un éventuel accompagnement par un psychologue puisqu’il faut bien avoir un peu de disponibilité psychique pour qu’émerge une demande vers un désir de se comprendre, au moins de faire baisser sa souffrance psychique.

Nous voilà face à ce double constat, pour certains jeunes, l’action des éducateurs peut paraître d’emblée vouée à l’échec, et celle du psychologue n’est envisageable que dans la mesure où il y a une prise en charge d’ordre matériel en parallèle, les préoccupations pressantes de l’ordre de l’hébergement et de la faim ne laissant que bien peu de place à une réflexion sur soi. Comment avoir suffisamment de recul  sur sa propre situation, avoir le désir de faire le point sur sa vie si l’on n’a pas de toit ni l’assurance de ne pas avoir faim ?

Traumatisme :

Les équipes d’accueil repèrent souvent l’état de sidération dans lequel se trouvent certains jeunes, comme une non-pensée de leur situation (et des dangers inhérents) dans leur histoire affective. Cette sidération peut être entendue comme une des étapes de la réponse d’un sujet face au trauma que peut générer une situation de grande vulnérabilité où il peut y avoir danger pour son intégrité physique et psychique.

Il s’agit, pour le psychologue, d’accompagner vers la possibilité éventuelle d’une reprise de cette vie psychique figée. Il faut pour cela que le jeune dispose d’un cadre suffisamment fiable et contenant pour se permettre d’acquérir plus de souplesse. Il aura alors plus de disponibilité pour être acteur de sa prise en charge et vivre les changements qu’elle induit sans les subir comme un ébranlement de son système défensif, induisant une déstabilisation insupportable qui conduit à la régression vers la situation de vie où malgré tout il était (avait) moins mal, au détriment de tout le reste, y compris sa propre santé.

On peut mettre des mots sur cette ambivalence qui contribue à leur perte de repères lorsqu’ils en font le constat : à la fois l’envie de sortir de cette situation sociale et l’impossibilité de le faire. D’où un certain nombre de passages à l’acte comme autant de tentatives de survie psychique mais qui sont parfaitement incompréhensibles par leurs auteurs. Viennent donc se surajouter à la fragilité d’un fonctionnement psychique, des actes dont le sens n’est pas perçu, et qui donc peuvent engendrer un vécu de bizarrerie face à eux-mêmes, ce qui bien entendu ne va pas vers une plus grande stabilité.

Remarque : Cette tentative de survie psychique dans un mouvement régressif, se fait parfois, nous l’avons dit, au détriment de l’intégrité physique. Le corps déjà malmené (conduites à risque, toxicomaniaques, ou sexuelles, hygiène corporelle et alimentaire insuffisante, …) peut aussi être un outil de régulation pulsionnelle. La dérive psychosomatique peut-être une solution, particulièrement pour des sujets qui ont des possibilités d’élaboration, au mois temporairement, indisponibles. Outre l’importance de compétences d’ordre psychopathologique, le psychologue peut, dans un travail d’équipe, repérer les situations à risque sur ce versant parfois extrêmement grave qu’est la psychosomatique.

Les entretiens en binôme :

Partant du constat qu’un accueil à deux est plus efficace pour entrer dans une prise en charge dans les meilleures conditions, il s’agirait, à long terme, de mieux comprendre, dans cette relation triangulaire familière au psychologue, ce qui se joue avec des points de vue professionnels différents et complémentaires, dans le but d’un travail d’équipe le plus éclairé et cohérent possible.

Du côté du psychologue, l’enjeu étant, dans un premier temps, du côté de l’émergence d’une demande, préalable nécessaire à toute prise en charge, qu’elle soit courte, ponctuelle, ou de plus longue durée. Il s’agira donc d’élaborer, dans cette situation à deux intervenants, une position originale d’écoute pour être un interlocuteur particulier.

 

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