
Points Jeunes Association, Recherche, FormationLéthique des nouvelles pratiques face aux conduites à risque,
à la violence, à lerranceCompte rendu, actes et documents
LA ROCHELLE
Lundi 31 janvier, mardi 1er février et mercredi 2 février 2000.
I - DOCUMENT INTRODUCTIF ET PROGRAMME
Première journée : ouverture
Première journée : questions déthique, par Claude Fourcade
Deuxième journée : mise en travail, présentations
Troisième journée : travail
Troisième journée : élaboration
Texte de synthèse du séminaire, repris par Eric Foëx
Texte proposé par Claude Fourcade
Texte dAristote
Liste des participants
Tableau de réflexion et décriture
"Ethique, Philosophie, Droits de lhomme et Art"
--------------------------------------------------------------------------------
I - DOCUMENT INTRODUCTIF ET PROGRAMME
Pour permettre une lecture "en situation" de ce texte, il débute par la reproduction du contenu des documents remis aux participants dès leur arrivée.
Premier document : formation/séminaire à La Rochelle, léthique des nouvelles pratiques face aux conduites à risque, à la violence, à lerrance
Contexte : face aux problèmes contemporains dune partie de la jeunesse (errance, conduites addictives, mécanismes dauto-destruction, violence ), un certain nombre de pratiques nouvelles proposent des réponses se caractérisant essentiellement par :
- le traitement de lurgence sociale ;
- la prise en compte de la personne dans linstant ;
- lécoute et laccueil, sans préalable ni condition ;
- le maintien dun minimum de liens parfois au détriment du projet éducatif dinsertion ;
- la crise et les mutations de certains lieux daccueil et dinstitutions refuges.Si on retrouve ce type dapproche essentiellement dans les Points Accueil / Points Écoute mais aussi dans certains accueils de jour, SAMU sociaux, etc, il nen est pas moins vrai quune part importante du travail social est fortement questionnée par les nouveaux comportements et donc intéressée par de nouvelles approches et/ou une ré-interrogation des institutions.
Objet :
Interroger les fondements éthiques de ces nouvelles pratiques en vue de constituer le corpus de base dune charte des structures qui se reconnaissent dans ces nouvelles pratiques.
Ce séminaire mettra les personnes en travail pour réaliser un écrit collectif qui sera le fondement des travaux ultérieurs de lassociation Points Jeunes Association, Recherche, Formation pour la réalisation de sa charte, et un des textes fondateurs de cette même association.
Animation :
Ouverture : Eric Foëx et Claude Fourcade sur la question philosophique de léthique personnelle et professionnelle.
Mise en travail : Claude Fourcade, psychologue social.
Grand témoin : Eva Kubié, universitaire.
Prise de notes : Christian Devinat, rédacteur.
Logistique : Eric Foëx, trésorier Points Jeunes Association, Recherche, Formation
Public concerné, 15/20 personnes :
- 5/7 directeurs ou chefs de service de Points Accueil ou Points Écoute;
- 5/7 directeurs ou chefs de structures de la région concernés par ces publics ;
- 5/7 représentants dadministrations concernées par ces problèmes et ces structures : mairies (services de la vie sociale, CCPD, CCAS ), Conseils Généraux (Direction de la Solidarité Départementale, ASE), DDASS (Action sociale et/ou santé), P.J.J.
Deuxième document, programme :
Lundi matin 10 h -13 h, questions déthique :
- Ouverture du séminaire par Claude Fourcade et Eric Foëx : objectifs et règles de travail ;
- Mise en commun à partir de quelques exemples avec Claude Fourcade.Lundi après-midi 15 h-18 h, questions déthique :
- mise en place de la méthodologie de travail avec Claude Fourcade ;
- les principes et les interdits : travail en grand groupe avec élaboration des grands thèmes ;
- grand témoin : Eva Kubié, universitaire.Mardi matin 9 h-12 h, les principes et les interdits, les normes selon lesquelles chacun et chaque institution fonctionne :
- présentation de chacun / écriture individuelle ;
- travail en deux demi-groupes à partir des écrits individuels ;
- confrontation et validation en grand groupe.Mardi après-midi 14 h30-17 h30, éléments de propositions mis à la discussion pour fonder une charte :
- suite du travail en demi groupes ;
- travail en grand groupe : point des acquis et consignes décriture ;
- travail décriture en deux demi-groupes.Mercredi matin 9 h-12 h, éthique et charte :
- Pierre Vidal Naquet: Les enjeux dans le champ social et dans le travail social des notions déthique et de chartes ;
- éléments de propositions mis à la discussion pour fonder une charte: confrontation et validation en grand groupe des travaux de la veille.Mercredi après-midi 14h30-17h30, éléments fondateurs dune charte :
- ouverture du débat, à partir des acquis du séminaire, dans les différentes structures pour mettre en place un processus collectif de travail devant aboutir à des propositions de chaque institution en vue de la rédaction de la charte de Points Jeunes Association, Recherche, Formation.
--------------------------------------------------------------------------------
Première journée : ouverture
Eric Foëx ouvre la première journée du séminaire en saluant les participants et pose dentrée lobjectif de ces trois jours : aider Points Jeunes Association, Recherche, Formation à mettre en place une charte commune.
Lobjet de la réunion est donc un travail sarticulant autour des questions déthique, avec pour finalité concrète la rédaction en commun dun texte de base.
Avant de passer la parole à Claude Fourcade, dont le rôle est la mise en travail du groupe, il annonce quelques modifications au programme prévu en raison de deux défections : labsence pour cause de maladie de Madame Leduff, philosophe, ainsi que celle de Pierre Vidal Naquet, sociologue, quun mouvement de grève des chauffeurs routiers a empêché de prendre son avion et qui ne devait rejoindre le groupe que pour la dernière journée du mercredi, ce quil ne pourra pas faire.
Eric Foëx confie lintroduction du séminaire à Claude Fourcade, après avoir informé le groupe quils ont tous les deux choisi de reporter à la deuxième journée le tour de table de présentation de chacun des participants, créant un trouble certain dans lassistance, trouble quil lui demande de dissiper.
Ainsi sollicité et pressé, Claude Fourcade explicite que, sils ont fait ce choix, cest pour donner à chacun des participants un cadre de présentation en rapport avec lobjet thématique du séminaire, dont la finalité est darriver à produire quelque chose, de la réflexion mais aussi quelque chose décrit, qui serve de trace et de munition ensuite à chacun des participants dans le cadre de son institution, sur les valeurs, les principes et les interdits communs qui se feront jour.
Il place donc le séminaire dans la perspective de la rédaction dune Charte, qui soit le produit de la volonté autonome du groupe, qui le lie et le délie en même temps.
À son point de vue, la réunion de personnes différentes, chacune avec ce quelle est, ce quelle a vécu et acquis, représente une grande richesse qui suppose un effort pour que les échanges soient rationnels et sensés, sur la base de la seule institution commune à chacun, la langue française, sans laquelle aucune communication ne serait possible. Il subordonne la réalisation du travail au respect dune règle du jeu et propose deux conditions : que ça se passe entre égaux, suivant le principe quaucune voix nen prime une autre, autrement dit quil ny ait pas de discours de maîtrise pour dire ce qui est juste et ce qui ne lest pas, et que chacun atténue sa singularité pour dire dabord ce à quoi on croit ensemble, quelque chose qui renvoie à la notion de lien social.
Claude Fourcade, sans nier quil puisse y avoir de débat(s) à lintérieur de soi, voit dans ces principes une sorte de mise en action de la recherche de léthique.
Il cite, une première fois, Hannah Arendt, qui dabord et avant tout expose la notion du penser (par soi-même et contradictoirement (conscienciousness) et parle de léthique comme ne pouvant pas être seulement individuelle (au sens où elle implique lautre, mais aussi lautre de soi). Cette pensée est ici posée comme seul rempart au totalitarisme et aux crimes qui ont été ordonnés par son application. Claude Fourcade souligne le fait que les chartes, léthique, sont à la mode, mais sûrement par défaut, par défaut du politique notamment. Il insiste sur la nécessité pour lui dune introduction philosophique à ces questions déthique comme préalable au travail car, si lon ne se pose aujourdhui que la question du comment, il faut aussi se poser celle du pourquoi.
Il revient sur le travail décriture et explique que ce qui est demandé à chacun, à loccasion de ce séminaire, cest de produire une écriture à la fois individuelle et collective. Chacun doit sengager à "écrire" ce à quoi il tient et ce à quoi il croit, quels sont les valeurs (ou vertus, ou qualités), principes et interdits qui sont pour lui nécessaires, dans sa vie personnelle, sociale et politique, pour les confronter ensuite aux autres (dabord en sous-groupes puis avec le groupe dans son ensemble) et définir ce qui est commun et ce qui est différent au sein du groupe.
À la demande de Claude Fourcade de susciter chez les participants une réaction à cette méthode de mise en travail, Eric Foëx intervient pour dire quà son sens il est important de rappeler que lobjectif du séminaire est de mettre par écrit à son issue ce qui fait sens collectivement pour lensemble du groupe dans le domaine de léthique.
[Respectant le programme qui prévoit que les participants ne se présentent que lors de la deuxième journée, les différentes interventions, hormis celles des animateurs, sont volontairement laissées sans auteur.]
Un participant (qui évoque léthique collective mise en avant à lépoque des procès du régime nazi et se réjouit de la demande dune réflexion individuelle) note la pertinence de ce séminaire, relativement au fait que les deux absences imprévues vont permettre à chacun de partir de soi, sans le support de ceux qui auraient dû "dire" les choses, sans aucune protection dun savoir a priori.
À une question sur la nécessité de donner aux mots une définition et de sentendre sur leur sens, Claude Fourcade réaffirme son choix de ne pas commencer par là et dessayer de mettre du désordre plutôt que de lordre, afin de lancer le débat.
Pour ce faire, il propose de se référer à quelques auteurs dont la lecture lui semble avoir affaire avec la notion déthique, et commence par la pensée 748 de Montesquieu, lintérêt de remonter au Siècle des Lumières et de la rationalité lui paraissant indispensable : Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas pour ma patrie, je chercherais à loublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à lEurope, ou bien utile à lEurope et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. Puis il évoque le rapport très récemment paru du médecin-chef de la Prison de la Santé sur les conditions scandaleuses de détention dans une institution publique, chargée dappliquer les lois de la République, et dans laquelle règnent avec la complicité parfois de lAdministration, larbitraire, la violence, lhumiliation, des viols, des suicides, des trafics en tous genres, de lenrichissement personnel Il propose ensuite une phrase de René Char : "Notre héritage nest précédé daucun testament", et lit un long texte dHannah Arendt, qui la profondément ému, dans lequel elle simagine sadressant à Eichmann lors de son procès pour le déclarer individuellement coupable. Il cite encore Nietzsche, qui avait lui-même repris Dostoïevski : "Et si Dieu est mort, alors tout est permis". Nietzsche disait aussi que la généalogie de la morale dans la sphère judéo-chrétienne est la nécessité dêtre puni. Les raisons pour être puni sont extrêmement simples : elles sappellent la morale. "Cest parce quon doit être puni quil y a une morale et non le contraire".
Lun des participants prend la parole pour signifier son sentiment de vivre dans un autre monde que celui évoqué jusque là, se demandant comment il va pouvoir intervenir lors de ce séminaire, tout en estimant y avoir pleinement sa place. Il enchaîne dailleurs sur le sujet des prisons pour dire que tout le monde sait les conditions de détention et quil sen sent quelque part responsable, nayant jamais "rien fait". Un autre relève le fort degré dintellectualisation du débat et souligne la difficulté de commencer par là, un troisième ajoutant que cela permet pourtant de mesurer la valeur du travail demandé au groupe.
Le texte dHannah Arendt est repris, en lien avec la préoccupation professionnelle: quand quelquun fait quelque chose dans Point Jeunes, il a aussi à en répondre. La discussion sengage alors sur le thème de la responsabilité, avec la formule: "si ce nest pas vrai, on ne dit pas".
Claude Fourcade choisit décrire à partir de ce moment au tableau certaines phrases entendues lors des débats. À lécoute du groupe, il notera au cours de la matinée les choses suivantes :
- si ce nest pas vrai, on ne dit pas ;
- ici (?), on a le droit de dire ce quon pense ;
- ce qui est vrai, on le dit ? # dire tout ce que je sais ;
- si on ne croit pas, on ne dit pas ;
- ma vérité est différente de (celle de) lautre ;
- pourquoi ne dit-on pas NON dans les institutions ,
- dans léthique, y aurait-il du politique ?
- peut-on faire quelque chose tout seul ?
- pourquoi est-on là ? Pourquoi a-t-on choisi ça ?
- peut-on décider, savoir à lavance, quelle est la bonne méthode à appliquer ? À lautre et à soi ?
- lautre est-il vraiment mon égal ?
- il faut que lautre soit daccord (avec ce que je lui propose) pour me rencontrer ?
- y a-t-il un fondement à la loi morale ,
- a-t-on le droit de mentir pour se défendre, pour protéger sa vie privée?
- les lois de la République sappliquent dans les Points Jeunes. Toujours ?
Parmi les sujets abordés, celui de la nécessité du consentement de lautre est longuement débattu, en ce qui concerne notamment la liberté de choix des jeunes à légard des travailleurs sociaux, tout comme celui de la définition de la notion de Charte, Claude Fourcade marquant son désaccord avec lidée avancée par quelquun que les Dix Commandements constituent une Charte, dans le mesure où Dieu donne, toutes faites, les indications, sans questionnement possible. Il cite le commandement : "Tu ne commettras pas ladultère", qui nest soumis à aucun questionnement possible. Il soulève la différence entre une loi, une règle, quon se donne à soi-même, par opposition à la loi "divine" qui nappelle aucune discussion.
Il évoque, par rapport à la notion déthique et dans un moment où plusieurs intervenants sinquiètent de leur difficulté à manier des concepts complexes alors quils aimeraient pouvoir utiliser des mots simples, le cas de Macarenko, éducateur dans le système soviétique, qui disait à propos des jeunes en grande difficulté : "je ne veux pas savoir doù ils viennent, je ne veux pas savoir ce quils ont fait, et pour que ce soit clair, je prends leurs habits, les affaires quils ont amenées et on fait un grand feu avec. On repart de rien". Il parle aussi a contrario dune expérience italienne, avec des jeunes en grande difficulté également, qui a consisté à réaliser avec eux un film pour lequel ils retournaient voir toutes les personnes qui avaient traversé leur vie, et dans lequel on constatait quà partir dhistoires toutes différentes, ils avaient beaucoup de points en commun. Doù la question : quand on accueille quelquun, est-ce quon brûle tout ou est-ce quon sintéresse à lhistoire ?
La matinée sachève par une longue discussion portant sur la prison, sur ce quelle représente, ce quon en dit, et ce quil convient de faire lorsque lon est destinataire dune confidence de la part de quelquun qui a commis un acte grave, quand on sait ce qui risque (voire ce qui est sûr) de sy passer. Cela renvoie aussi à la notion de "dire la vérité", avec la question de savoir ce que la personne est capable den comprendre, notion liée elle-même à la réalité de lacceptation de la relation engagée.
Cette notion de vérité à dire est évoquée par une participante rapportant une expérience compliquée, vécue personnellement, mettant en jeu laveu dun meurtre par une femme fréquentant Point Jeunes. Elle explicite la difficulté dune telle situation, le renvoi à léthique étant alors dune extrême lourdeur, et comment il fait appel à lintériorité de lindividu, à sa solitude aussi.
Une intervention dun avocat fait évoluer la discussion vers la notion concrète de dénonciation, quil réfute par principe, alors que dautres intervenants sappuient sur les obligations légales qui ne permettent daprès eux aucune hésitation quand à leur comportement, ne serait-ce quen fonction de leur propre crédibilité vis-à-vis des personnes à qui elles ont à faire, mais dautres relèvent les différents degrés auxquels se pose ce type de question et jusquoù peut aller le principe de révéler à tout coup la vérité. Mais la question apparaît comme de plus en plus cruciale au fur et à mesure des débats, par rapport à la notion dappel au secours que représente toute révélation dun "secret" et par rapport à lindispensable formulation dune limite ou dune désapprobation de la part dune institution.
Pour la première fois au cours du séminaire, le principe de la référence à lapplication des lois de la République est fortement discuté, en particulier relativement à la judiciarisation de la société.
Un participant tient à exprimer en fin de matinée son intérêt pour le fait que Claude Fourcade ait en quelque sorte placé la barre très haut en termes de références à léthique, et revient sur la nécessité de dire les choses. Citant Lacan, "Je dis toujours la vérité, pas toute car à vouloir la dire toute, on sy épuise...", Claude Fourcade dit que, dans la question de léthique, "limportant est de distinguer et de choisir", selon Aristote. Rien nest donné davance automatiquement, dans tout acte il y a un choix, dans tout choix le tragique est présent.
Le groupe marque alors une pause dans son travail pour déjeuner.
Première journée : questions déthique, par Claude Fourcade
À la reprise, Eric Foëx replace le séminaire dans le cours de son programme, avec la mise en travail selon la méthodologie choisie, et remercie de sa présence Madame Eva Kubié, une universitaire pragoise dont Claude Fourcade justifie doublement la présence : parce quelle est une "vieille dame", qui a connu deux régimes totalitaires ; parce quelle vient dailleurs et quelle apporte non seulement sa culture mais aussi un point de vue malicieux.
Eric Foëx cède la parole à Claude Fourcade qui introduit son propos avec la définition du mot éthique qui a pour étymologie le grec ethos, signifiant habitudes, murs, usages, dune part, et le caractère de lhomme, ce qui le singularise, ce quil fait sien pour acquérir sa seconde nature, dautre part. Ce qui fait "homme", cest ce qui le distingue des animaux, ce qui le caractérise, ce que les grecs appellent le nomos, cest-à-dire linstitution ou la coutume, la loi. (En réalité, le nomos était de façon beaucoup plus concrète lattribution de la libre pâture à telle ou telle personne). Ce que représente le nomos, cest la norme nécessaire pour faire lien social. Il est aussi nécessaire pour faire la polis, cest-à-dire la cité. En ce sens, la langue est la première des institutions.
Il aborde ensuite la description de la cité grecque dAthènes, comme inventeur de la démocratie, au 5ème siècle avant J.-C., une invention "exceptionnelle" qui dura un siècle (dans sa pratique fondatrice), avec ses trois espaces qui permettent den comprendre lorganisation :
OÏKOS AGORA ECLESIA
Cest le domicile où les Place publique où se Assemblée délibérante
lois interviennent le moins discute le bon, le bien, qui décide au vote
possible dans le gouverne- le beau pour la cité. Chaque direct des citoyens.
ment de la maison citoyen y donne son avis.Cest privé-privé Privé-public Public-public
Dans Sparte, à lopposé dAthènes, Sparte qui a toujours servi de référence aux régimes totalitaires et aux dictatures militaires, ce qui est public - le bien public - devient privé - apanage de quelques familles ou clans. Ce qui était privé devient "public" objet de la réglementation, du contrôle systématique de la conformité aux réglementations et normes, voire à la pratique de lespionnage et de la dénonciation publique des pratiques et pensées intimes. Cest le revers de la médaille Athénienne dont le modèle se pervertit après la défaite contre la coalition menée par Sparte dans la Guerre du Péloponèse.
A rapprocher de cela aujourdhui dans certains états des États-Unis (comme celui du Kansas) où on condamne des époux pour la pratique domestique de la sodomie (dont le sexe oral) et où la théorie du Big Bang et lévolutionnisme de Darwin sont exclus des programmes denseignement des collèges et lycées, parce que cest non conforme aux écritures.
Il replace aussi la notion de nomos, signifiant linstitution, comme étant celle qui fait "être" lhomme car celui-ci ne serait pas viable sans institution, en citant Castoriadis, philosophe, psychanalyste, économiste, mathématicien, lun des directeurs de lÉcole Pratique des Hautes Études en Sciences Sociales, fondateur en 1946 de la revue "Socialisme ou Barbarie". Lensemble des considérations qui suivent, hors citation particulière, sont extraites dun texte de C. Castoriadis. Pour C. Castoriadis, "lindividu est une fabrication sociale"à lencontre du discours économiste libéral qui pose la société comme formée par assemblage ou combinaison dindividus" (...) "ce que je sais en tant que psychanalyste cest que ce qui nest pas social dans lindividu non seulement serait incapable de composer une société, mais est radicalement et violemment asocial" (P.123 Institution première de la société sur carrefours du labyrinthe cf documents joints) "lhomme nest donc pas seulement, comme disait Hegel, un animal malade ; lhomme est un animal fou et un animal radicalement inapte à la vie. Il ne survit quen créant la société (les sociétés) les significations imaginaires sociales et les institutions qui les portent et les incarnent (...) La société - linstitution est là - non pas seulement pour lêtre humain individuel, la société est là pour hominiser ce petit monstre vagissant qui vient au mode et le rendre apte à la vie" (p. 123 op. cité)
Un enfant seul, un enfant abandonné, "sauvage", qui a échappé aux institutions (famille, langue ...) est un enfant fou "fou comme un trou" disait Aïda Vasquez psychanalyste vénézuelienne des groupes déducation thérapeutiques.
Claude Fourcade distribue ensuite le texte de la définition de la vertu selon Aristote, écrite dans Éthique à Nicomaque il y a 2 500 ans, pour définir le fait de "faire bien", autrement dit léthique : en grec et en caractères latins : "Estin ara è aretè hexis proairetikè, en mesotèti ousa tè pros hèmas, hôrismenè logô kai hôs an ho phronismos horiseien."
La traduction proposée est la suivante :
"La vertu est une façon régulière dagir, une disposition acquise, qui pourtant implique, chaque fois, un libre choix. Elle est entre deux extrêmes, elle est dans la mesure, une mesure quon ne peut définir que par rapport à nous (à ce qui fait que nous sommes ce "nous"). Elle est définie par la faculté de raisonner rigoureusement, mais tout autant par la réflexion de lhomme sensé".
Développant une idée quil demande au groupe de remettre en cause, Claude Fourcade affirme que léthique nest ni une affaire intime, ni de nature divine, ni naturelle, et quelle se pose comme une institution à laquelle, pour y réfléchir, on est condamné à lautonomie. Il ajoute que la vertu ne peut pas être détachée de la cité, de la polis et de son histoire, et que si la démocratie est la condition dune éthique pleine et entière, la question est de savoir si on est aujourdhui en France en démocratie - une question à laquelle Castoriadis répond dailleurs négativement, en décrivant notre pays comme une "oligarchie élective", cest-à-dire qui prend le masque de la démocratie mais qui règle en réalité la plupart des problèmes essentiels entre soi, entre égaux qui sont plus égaux que dautres.
Cest pourquoi Claude Fourcade caractérise comme essentielle la démarche de ce séminaire consistant à essayer de faire ensemble quelque chose, de se donner des règles, des lois, des valeurs, librement discutées, pour ne pas devoir uniquement se "débrouiller" tout seul dans son coin avec ces questions. Il cite encore Dominique Lecourt, philosophe, lors dune conférence, qui dénonce cette tendance moderne de considérer léthique comme sécarter du moindre mal, "se tenir à distance", "au plus près des commodités", a contrario pour lui ce qui compte, cest que nous puissions améliorer la condition humaine ou, avec Hannah Arendt, rechercher le Bien Public. Et il concluait par un souhait, celui quil existât une formation au courage.
Claude Fourcade revient alors sur le rejet dune morale imposée par des maîtres à penser et insiste sur la notion dautonomie, la construction consciente, jour après jour, la réflexion individuelle et collective sur les normes et les institutions. Il convient quil sagit par conséquent pour le groupe dun travail difficile qui lui est demandé, car il ne repose sur aucun fondement de vérité absolue, ou révélée.
Il évoque à nouveau, considérant que cest très important, les grecs en expliquant que ceux-ci ne comprenaient pas les romains, en particulier sur un point : ils ne comprenaient pas le fait que les romains ne fassent que des guerres "justes", justes parce quils avaient été attaqués ou pour toute autre raison à inventer. (Chez les grecs, quand on faisait la guerre, on la faisait simplement pour aller tuer des ennemis, comme lors de la Guerre de Troie.) Cette hypocrisie qui cache les actes et motivations violentes sous des "raisons" fallacieuses est, dune certaine façon, fondatrice dun ordre politique de la dissimulation.
Eva Kubié intervient pour évoquer à propos des grecs leur manque de psychologie et de pédagogie, poursuivant par une explication sur la chute des régimes totalitaires : rien ne tient si vous ne faites pas attention à ce que ça tienne. Elle dit aussi que dans le domaine politique, le prolongement de léthique, cest la psychologie et la pédagogie, quil faut instruire les gens, quil faut donner aux gens le courage de parler en public, parce que les gens ont perdu confiance en eux et cest pourquoi la psychologie est si importante pour elle, sur un plan très pratique.
Cette dernière remarque permet à Claude Fourcade de revenir sur la définition dAristote qui dit que ce nest pas seulement la théorie qui est en jeu, cest-à-dire le raisonnement compris dans sa pureté, dans sa rigueur (le logos), cest aussi la pratique et le bon sens. Mais cela ne résout pas la question de savoir comment transformer la société "avec" les gens qui la composent. Cest toute la dialectique entre la détermination de toute action et lexercice du libre choix, que lon retrouve bien au cur des préoccupations des participants à ce séminaire ; quand on a à accueillir des gens, à leur parler, à leur dire ou à ne pas leur dire, etc.
Claude Fourcade, dans sa volonté de recentrer la réunion sur son objet, établit un lien entre ce qui se dit lors de cette première journée et la pratique professionnelle quotidienne de chacun, voire la réunion elle-même, en demandant ce qui se passerait si parmi lassistance se trouvaient des jeunes en grande difficulté. Auraient-ils leur place ? Se sentiraient-ils "égaux" ?
Un participant intervient pour affirmer quil faut que la discussion ne passe pas que par le retour à lAntiquité, et quil y a aujourdhui une idéologie de massification extrêmement active dont on ne peut faire léconomie de la réflexion. Les grands exclus, aujourdhui, le savent bien, eux qui nont que des miettes de notre richesse. Il évoque la prolifération des informations financières, des cours de la Bourse et de la publicité dans les médias. Il insiste donc pour ne pas trop se tourner uniquement vers le passé.
Claude Fourcade en disconvient et pose limportance pour lui de sintéresser à lAntiquité car, dans lhistoire de lOccident, cest toujours des retrouvailles avec des textes anciens qui ont présidé à lémancipation des peuples soumis à un pouvoir absolu. Il ajoute quil ne sagit pas pour autant dadorer le passé. Il cite Tocqueville : "Le passé néclairant plus lavenir, lesprit marche dans les ténèbres", et Kafka : "Lavenir renvoie lesprit de lhomme dans le passé jusquà lAntiquité la plus reculée".
Au fil de la réunion, Claude Fourcade a continué de noter des choses entendues, dont la lecture reste possible à tout moment, comme une trace pour chacun :
- je préfère être un complice # une balance ?
- on est tous daccord pour parler, dire à un autre, un jeune, que lon considère que ce quil a fait est mal / pose problème ;
- la position personnelle # la position professionnelle ;
- qui fait les lois ? qui sait les lois ?
- JE ne peut être tout seul, il faut quil y ait un NOUS ;
- des normes (nomos ?), des lois, des institutions sont-elles absolument nécessaires ?
- qui dit et comment dire la frontière, entre le juste et linjuste ?
- comment former et enseigner ?
- comment acquérir cet acquis et sexercer au libre choix ?
- quest-ce que la psychologie et la pédagogie peuvent apporter ?
- nous sommes responsables de notre parole.Pour clore cette première journée, Claude Fourcade distribue une fiche intitulée: "Trame de présentation des participants", quil propose comme outil dont chacun peut user entièrement ou seulement pour partie. Cette fiche se présente ainsi :
Nom du participant :
Nom de la structure :
Téléphone :
Fax :
Adresse :
Statut professionnel :
Domaine dintervention :
Responsabilités exercées :Dans vos fonctions professionnelles, vous référez-vous à un code
Éthique : Oui/Non - Est-il écrit : Oui/Non
Déontologique : Oui/Non - Est-il écrit : Oui/Non
Réglementaire (au sens du règlement intérieur) : Oui/Non
Est-il écrit : Oui/NonSi Oui, ce(s) code(s) est-il (sont-ils) communiqué(s) aux personnes avec lesquelles vous travaillez, que vous accueillez : Oui/Non
Si Oui, de quelle façon :Il remet également une proposition de trame de travail permettant davancer vers la rédaction ultérieure dune charte. La proposition est de réfléchir aux interdits, aux principes et aux valeurs - cest-à-à dire ce que chacun saccorde à comprendre comme qualités ou vertus -, que les participants, individuellement dans ce premier temps, estiment nécessaires du point de vue de leur vie personnelle, dans leur institution et dans leur rapport au monde.
Un tour de table fait nettement apparaître lintérêt majeur de réfléchir de cette façon aux enjeux de léthique car chacun sent bien quil ne met pas le (ou les) même(s) sens derrière les mêmes mots et que les notions dinterdits, de principes et de valeurs vont donner lieu à des propositions multiples dont il faudra pouvoir ensemble faire émerger ceux et celles qui seront communs. Dernière à prendre la parole avant quÉric Foëx ne prenne congé du groupe, Eva Kubié propose comme principe la tolérance, quelle regrette quon confonde toujours avec lindifférence.
Deuxième journée : mise en travail, présentations
Eric Foëx ouvre la deuxième journée en faisant part de labsence annoncée de Madame Malivert pour raisons de santé et en constatant que les barrages des chauffeurs routiers continuent de provoquer le retard de certains participants.
Il énonce le programme de la journée, qui subira quelques modifications en cours de route pour devenir : lecture, puis critique du compte-rendu de la veille distribué à chacun, suivies de la présentation des participants, le matin; réunion décriture en demi-groupe laprès-midi avec comme support de réflexion la trame de travail remise la veille.
Après la lecture du compte-rendu suivi de quelques remarques, cest le moment de la présentation de chacun des participants. Selon la trame de présentation remise la veille, proposée comme outil mais finalement retenue comme guide par tous, Eric Foëx ouvre le bal.
Eric Foëx est Directeur de lA.P.A.P.A.R. Charente-Maritime, Association de Promotion des Actions de Prévention sur lAgglomération Rochelaise et le Département de Charente-Maritime. Ses domaines dintervention (de lA.P.A.P.A.R.) sont la prévention spécialisée, la prévention beaucoup plus large et les actions de formation. Il exerce les responsabilités de direction administrative et financière. Références à un code éthique : non, déontologique : oui et non, car il existe des textes fondateurs de la prévention spécialisée (arrêté de 1972) et les règles de Point Jeunes, réglementaire : non. Il savoue très interrogateur sur la question de la déontologie.Marie-Laure Duhart travaille pour Tremplin 17 qui dispose de plusieurs structures, dont le CHRS des Combeaux2 . Elle a le statut danimatrice et ses domaines dintervention sont le service daccueil durgence, laction éducative et la communication externe du CHRS. Elle est responsable du service daccueil durgence. Références à un code éthique : oui, il est ou pas écrit et si elle est établie au CHRS, la personne reste maître de ses choix. Déontologique : non, mais il existe le secret professionnel. Réglementaire : oui, puisquil y a un contrat écrit explicite en cas dhébergement entre la structure référente, laccueilli et lhôtelier. Elle ajoute quune éthique personnelle la guide dans le fait quelle reconnaît chez lautre, comme pour elle-même, le besoin de reconnaissance et damour, et le non-jugement.
Yann Thomas travaille à la Mairie de La Rochelle, au service Vie Sociale Enfance Jeunesse. Il est coordinateur, contractuel et donc non fonctionnaire. Il soccupe des jeunes des quartiers. Références à un code éthique : oui, personnel, à moins quil en existe un à la mairie mais il lignore; déontologique : non; réglementaire : oui, le droit du travail.
Séverine Fuleran est Emploi Jeune au même service jeunesse. Elle soccupe dadolescents de 12 à 18 ans dans les quartiers. Elle na aucune responsabilité et dit ne pas savoir sil y a des codes. Elle ajoute que, si il y en a, elle ne les connaît pas.
Martine Rullier est attachée au district Sud-Bassin qui regroupe quatre communes autour dArcachon. Elle est animatrice sociale, également contractuelle. Ses domaines dintervention sont les dispositifs liés à la politique de la ville. Ses responsabilités sont limpulsion et la coordination des actions dans un très large partenariat. Elle est linterface entre le terrain et les élus. Elle a également participé à la mise en place de nombreux outils, comme la création de la Passerelle Point Jeunes sous la responsabilité du district qui en a confié la gestion à une association de prévention. Références à un code éthique : oui, mais implicite car elle na rien vu; déontologique : non.
Gilbert Clauss est Directeur Départemental de la Protection Judiciaire de la Jeunesse Honoraire (en retraite) et représente la P.J.J. à ce séminaire. Il
est fonctionnaire de lÉtat. Les domaines dintervention de la P.J.J. sont de plusieurs ordres :
- prestataire de service pour les magistrats de la jeunesse (exécution des mesures éducatives sur mandat judiciaire) ;
- contrôle de la gestion et de la pédagogie des services et établissements concourant à la protection de la jeunesse (habilités justice) ;
- promotion, évaluation et contrôle dactions mises en place au bénéfice de la jeunesse : actions de préventions, scolarité, formation, réinsertion .
Il a la responsabilité entière sur les plans administratif, financier et éducatif. Références à un code : oui, cest le statut de la fonction publique. Mais il ny a pas de code écrit qui ne peut donc être communiqué, avec en plus lobligation de réserve. Il ajoute essayer toujours que soit clair le rapport avec les gens quil reçoit.Claude Fourcade travaille à la Mairie de La Rochelle. Il est conseiller technique et chargé de recherche, fonctionnaire territorial. Ses domaines dintervention sont le développement social urbain, avec la rédaction de notes, dossiers, projets, et la maîtrise douvrage déléguée dun projet sur les attentes des jeunes de 15 à 28 ans à La Rochelle. Ce projet consiste à voir ce qui est semblable, ce qui bouge et est nouveau pour cette population, ainsi que leurs attentes, grâce à de longs entretiens portant sur lintime, le social et lassociatif (citoyenneté). Il travaille également à lorganisation de luniversité dété sur la qualité de la ville, à la réflexion sur la création de lieux-espaces publics, au suivi du PLIE et à lamélioration des services publics de proximité. Il caractérise sa responsabilité comme thématique. Références à un code éthique : oui, pas vraiment écrit et personnel ; déontologique : oui, personnel; réglementaire : oui, cest le code de la Fonction Publique Territoriale, qui comporte le devoir de discrétion, de réserve, de service public. Il situe toujours dans quelles conditions il fait son métier, à quoi il sengage, à quoi lautre peut sattendre. Il profite davoir la parole, en tant que metteur en travail, pour justifier à nouveau la nécessité de formaliser par écrit, collectivement, ces engagements.
Brigitte Bara est Directrice de Point Jeunes à Lille. Ses domaines dintervention sont la prévention globale, laccueil, lécoute, les actions de sensibilisation et de formation. Elle est responsable du projet et de son application, des conditions de travail, des relations avec les partenaires, responsable pédagogique et financière. Références à un code éthique : non; déontologique : non; réglementaire : non. Mais elle souligne que lexplicitation orale a lieu très régulièrement.
Guillemette Roux travaille à Point Jeunes La Rochelle. Elle est Éducatrice et Chef de Service. Son domaine dintervention est lécoute éducative des 16/24 ans et des parents. Elle exerce selon ses propres termes beaucoup de responsabilités, animation, coordination, relais et gestion de plein de projets. Références à un code éthique : oui, personnel ; déontologique : non; réglementaire : oui: il est écrit, transmis par écrit et par oral, y compris aux jeunes et par les jeunes.
Marie-Dominique Feret travaille au CCAS de La Rochelle. Elle a un statut dassistante socio-éducative chargée de mission médico-sociale (récemment nommée à la suite dun remplacement depuis le 1er janvier). Elle est responsable de laccueil des jeunes de 18 à 25 ans orientés par le CCAS, sur rendez-vous, avec un aspect sanitaire quelle souligne, de lallocation jeune de 21 à 25 ans dont elle présente les dossiers à la Mairie, et de lhébergement avec la gestion de trois appartements qui fonctionnent avec un accompagnement social. Références à un code réglementaire : oui, pour lhébergement avec un contrat et pour le reste transmis de façon orale.
Marc Leray travaille à Point Écoute Prévention à Toulouse. Il est Directeur détablissement avec une formation de psychologue clinicien. Son activité est centrée sur laccueil et lécoute, autant des jeunes, des adultes que des professionnels. Il est responsable technique, administratif, financier et du personnel. Références à une éthique relative à lacte et pas à un code : oui, mais pas écrit; déontologique : oui, en référence à lexercice professionnel et écrit; réglementaire : oui et écrit. Leur transmission est systématiquement écrite aux professionnels et orale aux publics.
Christian Müller est à la fois médecin psychiatre travaillant au Point Jeunes de Lille et psychiatre hospitalier. Il est responsable de secteur. Une notion à laquelle il est plus que très attaché qui a consisté a refuser le cloisonnement en reconnaissant des rôles et des statuts à chacun. Références à un code éthique : oui, personnel et écrit; déontologique : oui, en référence au code hypocratique quil applique en accord avec le code de déontologie (mais il pose la question du rapport du Conseil de lOrdre à son propre code de déontologie); réglementaire : oui, il ny a que ça, dit-il : les chartes, apposées sur les murs, le code de la santé, les lois de la République, le livret daccueil, jusquau questionnaire de satisfaction! Il tient au secret professionnel et à lobligation de réserve à linterne, comme moyen.
Alain Hernandez, dernier participant à se présenter, travaille au CEFORD, une association qui gère cinq établissements et trois services, dans la Vienne. Il est Chef de Service éducatif dans ce service daccueil de jour. 44 jeunes y sont reçus, placés par les juges. Il sagit soit de la protection de lenfance soit de délinquants. Il est responsable du suivi du projet individualisé pour chaque jeune avec qui le projet est conçu, du suivi des dispositifs de droit commun (AFPA, GRETA ) et dune équipe pluridisciplinaire. Références à un code éthique : non, ou personnel mais pas écrit; déontologique : non, cest une notion floue; réglementaire : oui ; pour ce qui concerne lassociation, il na vu le règlement quune fois en 29 ans (!) ; quant au règlement intérieur, il est présenté au jeune qui le signe ou ne le signe pas.
Les présentations terminées assez tard dans la matinée ne permettent pas de respecter le programme initial, qui est donc modifié avec la décision de consacrer laprès-midi entière à la rédaction en demi-groupe de la base commune pour la future élaboration dune charte. Claude Fourcade explique que, dans ces groupes, il faut quil y ait quelquun de volontaire pour donner la parole et quelquun qui soit le scribe de ce qui est retenu comme commun, sorte de relevé de conclusions, car il est important que chaque groupe sautonomise.
Avant de clore cette matinée pour aller déjeuner, les participants engagent une discussion assez intense sur des thèmes qui se croisent, sans fin a-t-on limpression, des thèmes tels que la nécessité de lécrit, le rapport entre éthique et loi(s), lhypocrisie entre dit et fait, des questions sémantiques, laffichage ou non de lapplication de la loi (des lois) dans les Points Jeunes, ce dernier thème faisant dire à Séverine Fuleran quil vaudrait mieux afficher là où ce serait le cas : Ici, on napplique pas la loi.
Eric Foëx propose que les travaux de réflexion et délaboration réalisés laprès-midi en demi groupes, restent hors compte rendu, ne serait ce que pour faciliter limplication personnelle et professionnelle de chacun. Le groupe approuve.
Troisième journée : travail
Après avoir proposé aux participants de prendre connaissance du compte-rendu de la deuxième journée de ce séminaire, ce qui donne lieu à quelques souhaits de corrections de la part de certains en ce qui concerne la rédaction de leur présentation, Eric Foëx ouvre cette troisième et dernière journée par lénoncé du programme : les deux demis-groupes sont invités à présenter leurs démarches respectives dans le travail quils ont entamé la veille au cours de laprès-midi, démarches qui doivent être interrogées par lautre demi-groupe, puis les deux se réuniront à nouveau séparément pour consacrer lultime demie-journée du séminaire à une brillante synthèse.
Eric Foëx présente la démarche du groupe auquel il a participé (arbitrairement dénommé Groupe 1 pour la commodité alors quil sest constitué en second par rapport à lautre déjà en place à 14 h). Le Groupe 1 a choisi de demander à chacun de ses membres de lire ses réflexions de façon verticale, colonne par colonne selon la trame de travail proposée (autrement dit : les interdits, puis les principes, puis les valeurs), en ne faisant pas trop de distinction entre les trois niveaux horizontaux (vie personnelle, institution, rapport au monde) car le groupe a constaté quil y avait beaucoup de choses similaires entre eux, à part des nuances fortes sur le niveau professionnel (institution). Il a également fait le choix de ne pas débattre thème par thème et point par point mais dattendre que tout le monde ait lu ce quil avait écrit. À la suite de cela et après une courte discussion sur quelques points suscitant une interrogation au sein du groupe, un des membres a présenté une synthèse quil avait rédigée au fur et à mesure et qui a servi de trame pour proposer un texte quil demande à Christian Müller de bien vouloir lire.
Nous, réunis à La Rochelle le 1er février 2000, reconnaissons comme intangibles les principes suivants :
- laccessibilité de nos services à tous et à chacun ;
- le souci dune hospitalité et dun accueil singuliers ;
- le libre choix comme condition même de la rencontre et de lécoute ;
- la confidentialité et le respect de lanonymat dans les conditions prévues par la loi ;
- la garantie de lespace tiers comme condition de travail ;
- lautonomie de la personne impliquant son accès à toute information la concernant, son consentement à toute démarche la concernant dans le cadre des limites fixées par la loi ;
- une attitude professionnelle dengagement et de vigilance auprès des personnes et dans la vie de la cité ;
- linterrogation soutenue de nos pratiques, le cas échéant par lintervention dun professionnel extérieur.
Sétant ré-interrogé sur son propre travail, le Groupe 1, par la voix dEric Foëx, pense devoir séparer ce qui concerne le message à lintention des professionnels et celui à lintention des publics. Il conviendrait aussi selon lui de mieux hiérarchiser les trois niveaux, celui des valeurs, celui de la considération des publics et celui des attitudes minimales des professionnels. Or il manque un chapeau qui explicite cela.
Claude Fourcade propose de passer à la présentation du travail du Groupe 2, auquel il a participé, et demande à Brigitte Bara den dire la méthodologie.La démarche du groupe, selon elle, a été dêtre beaucoup plus scrupuleuse des règles avancées et bien qu il y ait eu un débat sur celles-ci, le groupe sest rangé à une application stricto sensu de la méthode proposée. La grille a donc été reprise à la fois horizontalement et verticalement, et tout a été systématiquement noté, sans trop de discussion sur chaque terme ou chaque mot, de façon à ce chacun puisse voir écrit ce quil souhaitait et comme il le souhaitait. La difficulté rencontrée est naturellement que cette démarche représente une masse dinformations considérable (figurant sur plus dune dizaine de feuilles de tableau entièrement recouvertes et affichées tout autour de la salle de réunion). Dans un deuxième temps, Claude Fourcade en a proposé une synthèse rédigée par lui, qui a suscité de nombreuses réactions, en particulier celle de Yann Thomas exprimant sa frustration sur laspect réducteur de cette synthèse par rapport au travail réalisé.
Claude Fourcade en tire la conclusion provisoire que les deux groupes ont travaillé chacun dans un sens contraire de lautre, ce quil trouve très riche denseignements. Pour ce qui est doù en sont les groupes, il y a dans un cas (le Groupe 2) la plus grande dispersion possible avec le plus grand panorama et le plus de détails possibles, chacun ayant réagi à ce que disaient les autres, sans que la phase de confrontation nait eu lieu; il y a dans lautre cas (le Groupe 1) la recherche dun noyau qui serait au cur dun projet de Charte. Il trouve cela exemplaire de la dynamique différente qui peut prendre un groupe ou un autre, sans quon puisse dire quil y ait accord ou désaccord entre eux.
Christian Müller dit son désaccord pour renvoyer ainsi dos à dos le travail de chacun des groupes, alors quil y avait pour lui une commande : chaque groupe doit produire un texte quil propose à lautre. Cette commande-là, il indique quelle se pose en termes de responsabilité, car chacun ayant pris du temps sur celui de son institution, il se doit davoir une production.
Marie-Laure Duhart se démarque de cette perception en disant avoir entendu que la demande était une mise à plat en vue dune rédaction ultérieure et non dune rédaction définitive dun texte, au moins au niveau du travail en demi-groupe.
Lensemble des participants intervient ensuite pour tenter de faire émerger un objectif commun, celui dune efficacité permettant de parvenir néanmoins à lissue de la journée à un projet de texte commun, sans avoir le sentiment de réduire ou de sacrifier les apports de chacun. Claude Fourcade demande, à la suite déchanges assez vifs, à ce que chacun des deux groupes prennent vraiment en compte le travail de lautre, en létat où il est. Eric Foëx insiste cependant sur la nécessité impérieuse de la production effective dun texte final, à partir de deux textes intermédiaires.
Le séminaire se poursuit donc en décidant de se séparer à nouveau selon les deux sous-groupes, qui vont se servir chacun du matériau de lautre.
Troisième journée : élaboration
Après le déjeuner, Eric Foëx annonce la reprise - et la fin - du séminaire en séance plénière. Il souhaite que le groupe tienne son objectif qui est de réaliser, dans le peu de temps quil lui reste, dun projet à envoyer pour que la démarche Charte se mette en place.
Par ailleurs il remercie Monsieur Charlet, de la DDASS, de sa présence lors de la clôture de ce séminaire.
Brigitte Bara demande la parole pour dire son interrogation sur le choix de la composition du groupe réuni pour ce séminaire, à savoir un tiers de directeurs ou de chefs de service de Points Accueil ou Points Écoute, un tiers de directeurs ou de chefs de structures de la région et un tiers de représentants dadministrations.
Eric Foëx lui répond quil a lui-même voulu ce choix et quil lassume totalement, en disant que ce type de démarche lui semble devoir être initiée dune part par des personnes qui ont une très longue pratique des Points Accueil et Points Écoute, doù le choix de responsables et de cadres de structures, dautre part de partenaires de terrain et, enfin, dinterlocuteurs publics, car cette démarche sinscrit dans un cadre qui dépasse largement les Points Accueil ou Points Écoute.
Marie-Laure Duhart lit le texte proposé par le Groupe 2 pour les Points Jeunes :
Ces lieux daccueil sinscrivent dans le cadre des principes de la Déclaration Universelle des Droits de lHumain, des principes de la République, Liberté, Égalité, Fraternité, des lois de la République et de la Communauté Européenne.
Elle précise quil a paru important au groupe de faire la distinction entre publics et professionnels.
1) Publics.
Réunir les conditions de rencontre avec le public suppose :
- lécoute et laccueil sans condition, avec lanonymat et la confidentialité ;
- un lieu hospitalier et protégé ;
- autant de temps quil faut ;
- la connaissance des buts, du lieu et de ses règles ;
- de signifier à lautre quon le considère comme son égal ;
- le respect de la parole vraie et de ses engagements.2) Réunir les conditions dexercice des professionnels suppose :
- la reconnaissance et lexercice du mandat de prévention globale ;
- la mise en place despace et de temps externe et interne dévaluation, danalyse des pratiques de formation et de recherche en présence de tiers ;
- linterdiction de communiquer la situation individuelle et personnelle sans laccord explicite de lintéressé ;
- que seule la personne accueillie a linitiative de ses démarches ;
- que léquipe est une condition nécessaire à la réalisation du travail professionnel ainsi quune éthique individuelle et collective.Les Points Jeunes doivent impérativement sinterroger et interroger les autres sur leur pratique.
Elle termine en indiquant que le groupe souhaite pouvoir accompagner le texte dun glossaire précisant le sens donné à chaque mot ou expression lorsque le besoin sen fera sentir.
Eric Foëx propose de lire immédiatement lautre texte, présageant quun bon nombre de points vont apparaître comme étant communs, bien que Guillemette Roux note sa frustration de voir tout le travail accompli résumé en quelques phrases.
Christian Müller lit le texte du Groupe 1, après avoir indiqué que le groupe a interrogé son propre texte initial à la lumière des éléments de lautre groupe.
Il ajoute quil manque à ce texte un préambule, qui doit faire référence aux valeurs humanistes républicaines et au cadre de la loi.
Nous, Points Jeunes Association, Recherche, Formation, réunis à La Rochelle le 1er février 2000, nous reconnaissons dans les principes suivants :
- laccessibilité de nos structures à tous et à chacun ;
- lhospitalité et un accueil singulier ;
- la primauté de la parole ;
- le libre choix comme condition de la rencontre et de lécoute ;
- la confidentialité et le respect de lanonymat dans les conditions prévues par la loi ;
- le consentement de la personne pour toute démarche la concernant dans les limites prévues par la loi ;
- une information loyale sur la structure et laccès de la personne à toute information la concernant ;
- une attitude professionnelle dengagement vis-à-vis des personnes, de vigilance dans la vie de la cité et dobservation des évolutions sociales ;
- humour, disponibilité, convivialité (il manque la mise en phrase) ;
- linterrogation soutenue de nos pratiques, le cas échéant par lintervention dun professionnel extérieur.Sur le dernier point, Christian Müller indique quune autre formulation est proposée : lextériorité comme condition à linterrogation soutenue de nos pratiques.
Ces deux textes sont naturellement ensuite profondément interrogés par chacun des participants, lun se nourrissant de lautre et inversement.
À lissue de cette discussion, un texte est définitivement adopté pour servir de base à lélaboration de la Charte Points Jeunes Association, Formation, Recherche, un préambule faisant référence aux valeurs de lhumanisme républicain et aux lois de la République devant, de lavis de lensemble des participants, figurer en tête de la Charte.
Nous, Points Jeunes Association, Formation, Recherche, réunis en séminaire à La Rochelle les 31 janvier, 1er et 2 février 2000, nous reconnaissons dans les principes suivants :
- laccessibilité dun lieu ouvert à tous et à chacun ;
- une équipe disponible ;
- un accueil singulier, le temps de lhospitalité nécessaire ;
- le libre choix comme condition de la rencontre et de lécoute ;
- la confidentialité et le respect de lanonymat dans les conditions prévues par la loi ;
- le consentement de la personne pour toute démarche la concernant sauf en cas de force majeure ;
- une information loyale sur le lieu, ses buts et ses règles, et laccès de la personne à toute information la concernant ;
- une attitude professionnelle dengagement vis-à-vis de la personne, une vigilance dans la vie de la cité ;
- lexigence dobservation des phénomènes sociaux ;
- un travail déquipe ;
- un climat où lhumour et la convivialité ont leur place dans nos pratiques daccueil ;
- nos lieux daccueil doivent impérativement sinterroger avec nos partenaires sur leurs pratiques, par la formation, la recherche et lapport dun professionnel extérieur.
Après avoir remercié tous ceux qui ont permis à ce travail dêtre élaboré, Eric Foëx clôt le séminaire en précisant que la règle du jeu est maintenant dadresser ce texte à lensemble des interlocuteurs de Points Jeunes Association, Recherche, Formation, pour quils réagissent à cette proposition et que, peu à peu, une véritable Charte soit établie.
Il donne enfin rendez-vous à chacun lors de lAssemblée Générale de Points Jeunes Association, Recherche, Formation qui se tiendra le 9 juin 2000.
--------------------------------------------------------------------------------
Les textes suivants sont des propositions issues des travaux du séminaire. La première a été rédigée par Eric Foëx, reprenant le document élaboré en synthèse, avec un chapeau, le second est une contribution de Claude Fourcade rédigée quelques jours après.
Texte de synthèse du séminaire, repris par Eric Foëx
Nous, Points Jeunes Association, Formation, Recherche, nous appuyant sur les valeurs humanistes et républicaines fondatrices des états de droit, nous référant aux lois de la République, réunis en séminaire à La Rochelle les 31 janvier, 1er et 2 février 2000, nous reconnaissons dans les principes suivants :
- laccessibilité dun lieu ouvert à tous et à chacun ;
- une équipe disponible ;
- un accueil singulier, le temps de lhospitalité nécessaire ;
- le libre choix comme condition de la rencontre et de lécoute ;
- la confidentialité et le respect de lanonymat dans les conditions prévues par la loi ;
- le consentement de la personne pour toute démarche la concernant sauf en cas de force majeure ;
- une information loyale sur le lieu, ses buts et ses règles, et laccès de la personne à toute information la concernant ;
- une attitude professionnelle dengagement vis-à-vis de la personne, une vigilance dans la vie de la cité ;
- lexigence dobservation des phénomènes sociaux ;
- un travail déquipe ;
- un climat où lhumour et la convivialité ont leur place dans nos pratiques daccueil ;
- des lieux daccueil qui doivent impérativement sinterroger avec leurs partenaires sur leurs pratiques, par la formation, la recherche et lapport dun professionnel extérieur.
Texte proposé par Claude Fourcade
Nous, groupe dinitiative, réunis en séminaire les 31 janvier , 1er et 2 février 2000 à La Rochelle, avons commencé un travail auquel nous vous proposons de vous associer.
Il sagit de rédiger une charte des lieux daccueil Point Jeunes, et peut-être au-delà de tout lieu recevant pour un temps donné des personnes en grande difficulté et en particulier des jeunes. Cette charte aura pour but de nous donner un cadre et des références éthiques communes qui nous lient et nous relient.
Elle pourrait prendre la forme suivante:
Ces lieux daccueil sont créés dans le cadre :
- des principes de la déclaration universelle des droits de lhumain,
- des principes de la République : liberté, égalité, fraternité,
- des lois de la République et de la Communauté Européenne.Est mis tout particulièrement et tout spécialement laccent dans ces lieux sur le respect de tous et de chacun, quant :
- aux règles de lhospitalité,
- à labri de toute violence,
- à la protection de chacun vis à vis de toute violence physique ou verbale doù quelle vienne.Cest un havre où la dignité de chacun est reconnu, quelles que soient son origine, sa couleur, ses croyances, ce quil a fait.
Ce lieu daccueil a aussi ses "lois" et ses usages, et les principes et interdits que chacun, professionnel, bénévole, usager (sil veut y être accepté, pendant quil y passe), doit respecter.
Et en particulier:
- que chacun y vaut ni plus ni moins quun autre,
- que lon na pas le droit dy faire à quelquun quelque chose quil ne veut pas quon lui fasse,
- que les armes, les toxiques, les jeux dargent et trafics divers y sont interdits.Cest un lieu de paix où chacun qui passe peut souffler, poser son sac, se reposer et se laver, y trouver écoute, chaleur et services.
Pour les professionnels, les principes éthiques qui nous paraissent guider plus spécialement notre action sont dans un ordre qui ne peut être le même pour tous et qui reste à travailler.
Les qualités, valeurs, ou vertus qui nous paraissent nécessaires à mettre en avant sont :
1 - indispensables,
2 - utiles,
3 - controversés.--------------------------------------------------------------------------------
Texte dAristote distribué par Claude Fourcade
Estin ara è aretè (1) hexis (2) proairetikè (3), en mesotèti (4) ousa tè pros hèmas (5), hôrismenè logô (6) kai hôs an ho phronismos ( 7) horiseien.4
ARISTOTE, Ethique à Nicomaque, II, chap.6, 15
La vertu (1)est donc une façon régulière dagir (2), une disposition acquise (2), qui pourtant implique, chaque fois, un libre choix (3). Elle est entre deux extrêmes (3), elle est dans la mesure (4) ; une mesure (4) quon ne peut définir que par rapport à nous ( 6) (à ce qui fait que nous sommes ce nous).
Elle est définie par la faculté de raisonner ( 6), mais tout autant par la réflexion (7) de lhomme sensé.
Traduction, pour la circonstance, de Bernadette Fourcade5
Précisions de C. Castoriadis sur les termes (t)61 - aretè : le fait, la qualité de quelquun de bien organisé, bien articulé, bien mis ensemble, (------) bien tempéré (comme le clavier de J.S. Bach)
2 - hexis : cest une disposition acquise que lon na pas de naissance (----) et qui permet en principe de faire, dagir
3 - proairetikè : facultative et discrétionnaire on la choisit librement
4 - mesotèti : ce nest pas le juste milieu au sens commun entre la chèvre et le chou, ce nest pas non plus la moyenne entre deux extrêmes dans labsolu, cest la mesure médieté entre deux extrêmes
5 - tè pros hèmas : quand à nous, par rapport à nous ce nest pas dans labsolu mais dans ce qui nous concerne que les extrêmes doivent être entendus. Il sagit dêtre dans la mesure entre nos extrêmes.
6 - logô : la vertu (aretè) est définie par le logos qui est la faculté du raisonnement rigoureux et rationnel à disposition de tous les hommes impersonnellement.
7 - phronismos : lui aussi détermine la vertu, mais cela ne se trouve pas dans un livre, cest la sagesse au sens du bon sens les pieds sur terre. Quand on a du plomb dans la tête.
Entre le logos et la phronesis pour qualifier laretè (la vertu) cest à la fois entre ces extrêmes la capacité de dérouler une chaîne de raisonnement, la puissance discursive qui sexerce moyennant le langage (le logos) et tempérer, corriger, suppléer, changer, amender, modifier, (-----) dans des situations réelles et laide du phronismos.
La vertu se tient donc à égale distance des vices par excès et des vices par défaut, quant à nous pour ce qui nous concerne (Qui est nous? Quelle est la collectivité dont il est question linstitution ,) cest une habitude acquise, donc une façon très fréquente dagir mais malgré le terme dhabitude (hexis) il y a un choix (proairetikè).
Etre vertueux (-----) cest ce qui nous permet de bien choisir entre les choses à faire et à ne pas faire, cest avoir lhabitude de bien agir, de bien choisir dans les différentes circonstances mais ne pas être esclave de cet habitus.
Liste des participants
BARA Brigitte, directrice de Point Jeunes (ADNSEA),
Lille (59)CLAUSS Gilbert, directeur départemental honoraire de la P.J.J.,
La Rochelle (17)DUHARD Marie-Laure, animatrice au Tremplin 17 (CHRS Les Combots),
St Augustin (17)FERET Marie Dominique, chargée de mission médico-sociale, CCAS,
La Rochelle (17)FOEX Eric, directeur APAPAR,
La Rochelle (17)FOURCADE Claude, conseiller technique à la Mairie,
La Rochelle (17)FULLERAN Séverine, emploi jeune au service jeunesse de la Mairie,
La Rochelle (17)HERNANDEZ Alain, chef de service éducatif au CEFORD,
Naintre (86)LERAY Marc, directeur Point Ecoute Prévention,
Toulouse (31)MALIVERT Marie-Joëlle, conseillère technique, DSD, Conseil Général,
La Rochelle (17)MULLER Christian, psychiatre hospitalier, régulateur Point Jeunes,
Lille (59)ROUX Guillemette, chef de service éducatif à Point Jeunes,
La Rochelle (17)RULLIER Martine, animatrice sociale du District Nord Bassin,
Arcachon (33)THOMAS Yann, coordonnateur jeunesse au service jeunesse de la Mairie,
La Rochelle (17)VERMEERSCH Aude, conseillère déducation populaire et jeunesse, DDJS,
La Rochelle (17)
Invités :
Monsieur le Dct CHARLET, Médecin inspecteur, DDASS, 17
Monsieur JP CHANTECAILLE, Président APAPAR, 17
Madame E KUBIE, retraitée, 17
Tableau de réflexion et décriture
Proposition de trame de travail :
Quels sont pour chacun les principes, les interdits et les valeurs
dans sa vie personnelle, dans son institution, dans son rapport au monde?
Les interdits - Les principes - Les valeurs
Dans sa vie personnelle
Dans son institution
Dans son rapport au monde
--------------------------------------------------------------------------------
V - DOSSIER DOCUMENTAIRE: Ethique, Philosophie, Droits de lhomme et Art.
Les documents suivants ont été réunis par Claude Fourcade.
Dominique LECOURT, extraits du livre Les piètres penseurs, 1999
Cornélius CASTORIADIS, Fait et à faire, extraits de Carrefours du labyrinthe 6, Le Seuil
Cornélius CASTORIADIS, Le cache misère de léthique extraits de Carrefours du labyrinthe 6, Le Seuil
Cornélius CASTORIADIS, Institutions premières de la société et institutions secondes, extraits de Carrefours du labyrinthe 6, Le Seuil
1 Voir en annexe
2 Près de Royan
3 Quand dautres propositions travaillées dans lesprit de ce séminaire seront proposées elles seront jointes au présent document... qui, ainsi senrichira et ne sera définitif quau moment de la prochaine Assemblée Générale de notre association, en juin 2000. Faire parvenir vos textes à Eric Foëx, APAPAR, 40 rue de la Pépinière, 17000 La Rochelle. Merci.
4 Cité en tête de la transcription du séminaire de C. Castoriadis sur la vertu et lautonomie (5.12.84.) mise en forme Pascal Vernay (Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales).
5 Avec les remerciements de Points Jeunes Association, Recherche, Formation
6 Cornélius CASTORIADIS, traduction et glossaire sur la citation dAristote