DECRETER L'URGENCE SOCIALE ?
(Actes du séminaire de formation à Lille les 22, 23 et 24 mai 2002
Le concept d'urgence reste aujourd'hui imprégné de son origine médicale, et plus précisément de sa dimension somatique.C'est dire que l'urgence semble se concevoir uniquement dans la situation où l'on ne peut attendre et suppose donc qu'un protocole, préalablement mis au point, soit disponible et opérationnel sans délai.
Par ailleurs, il nous semble que ce qui était socialement admis depuis les années 50 comme relevant de l'urgence, tels les services d'urgence police, pompiers, ambulances, connaît à l'heure actuelle une extension dans le domaine dit social. Et c'est ce succès, si l'on peut dire, que nous souhaitons interroger.
La création du Samu Social, c'est-à-dire du "Service - d'aide -médicale - urgente - sociale", nous paraît être révélatrice d'un glissement, ou d'une dérive, dont on n'a peut être pas fini de mesurer les conséquences
En effet, ce qui est modélisable, applicable dans le domaine médical strict ou de l'urgence relevant de la sécurité civile pose question quand il est étendu dans le domaine du travail social.
Autrement dit, ce qui se conçoit aisément pour l'incendie ou la crise cardiaque se pose pour nous en d'autres termes lorsqu'il s'agit de l'hébergement, de l'accueil d'urgence
Il y a là, à notre sens, interrogation sur la notion du consentement en face de ce que nous appelons faute de mieux "commande sociale", et aussi sur la question du sujet qui, nécessairement, passe à la trappe dès qu'il est fait mention de l'urgence de la situation.
De quoi s'agit-il ? De quelle mutation est-il question et quel est son impact sur nos pratiques, sur nos valeurs ?
Mais voilà, le temps nous manque, le recul aussi pour y réfléchir Peut-être y a-t-il d'ailleurs relation de cause à effet : l'urgence ne facilite pas la pensée, le temps de la réflexion, mais celui de l'action. Tout se passe comme s'il ne fallait plus penser
Ce que nous vous proposons c'est de justement prendre le temps d'y réfléchir, d'y travailler.
--------------------------------------------------------------------------------
SOMMAIRE
p.2 Argumentaire p. 4 Introduction
Brigitte Bara, Directrice de Point Jeunes
- ADNSEA - Lille,
Présidente de P.J.A.R.F.p. 8 Le signalement et l'urgence sociale
Youcef Boudjemai, Directeur du Service Droit des Jeunes
& du Dispositif Régional d'Information en direction
des Jeunes Etrangers - ADNSEA - Lille
p. 22 Points de vue
Sylvie Zucca, Psychiatre, Psychanalystep. 24 Olivier Douville, Anthropologue, Psychanalyste p. 26 L'indécidable statut de l'urgence sociale
Pierre Vidal-Naquet, sociologue
CERPE (Centre d'Etude et de Recherche sur
Les pratiques de l'Espace, Lyon)
p. 34 Décréter l'urgence sociale ?
Christian Müller, psychiatre, Point Jeunes
ADNSEA - Lille
p. 39 Conclusion